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LADAKH (INDE)

Le pays des hauts cols

GORANDO - Récit de voyage à moto - Inde

Paris / Delhi

C'est reparti ! Je suis à nouveau sur les routes et les pistes du Monde. Cette fois, c'est au Ladakh – région de l'extrême Nord de l'Inde - que je mène ma petite troupe. 3 pilotes seulement m'accompagnent : Manu de Thionville, Laurent de Lyon et Francis d'un peu partout.

Nous sommes arrivés la nuit dernière à Delhi. Seuls Francis et Laurent étaient dans un vol commun. Manu, lui, est arrivé sans son bagage, perdu par Air France du côté de Paris. Au moment de porter réclamation au guichet dédié à ce genre d'incident ici à Delhi, il a pu tout de suite découvrir qu'une fiche à son nom avait déjà été partiellement rédigée. Oh la boulette ! Nous devrions récupérer son sac demain matin tôt, à l'aéroport, lorsque nous serons en partance pour Manali. Ce serait préférable car dans son bagage, il a toute sa tenue moto !

Dans la nuit, le taxi qui nous a amené jusqu'à notre hôtel en a été pour ses frais. Il a mal négocié les limites administratives de la ville et a dû payer une taxe après avoir fait un "U-turn" juste au-delà de la ligne. Très énervé et ne parvenant pas à trouver une sortie pour nous mener à l'établissement, il nous a littéralement "jetés" sur l'autoroute ! Heureusement, nous n'avons eu qu'à enjamber avec nos lourds bagages sur les épaules un fossé pour rejoindre l'hôtel, tout près.

Ce matin nous avons avalé un copieux petit déjeuner avant de prendre à nouveau un taxi pour nous rendre dans le centre de Delhi. 2 heures de bouchons plus tard, nous voila près de l'India Gate, un Arc de Triomphe planté au milieu d'un gigantesque rond-point. De l'édifice on peut découvrir un parc parsemé de bassins ombragés. De jeunes indiens se baignent là dans une eau verte, épaisse, et sûrement pas très propre. Il fait environ 35°C à l'ombre et l'humidité de l'air est suffocante.

Nous nous rendons ensuite dans un quartier plus animé, sale et très bruyant, dans l'espoir d'y trouver un endroit pour déjeuner. Nous faisons confiance à un chauffeur de tuk-tuk qui, d'un coup de gaz magique nous propulse jusqu'à un restaurant à l'écart du bruit de la circulation, sous les arbres. Superbe ! Nous y goûtons nos premiers plats "spicy" et resterons là plus de 2 heures.

Après, il nous a fallu trouver des guichets ATM pour retirer un peu d'argent. Pas facile. Entre ceux, fermés, ceux qui sont en panne et ceux qui refusent de "cracher l'oseille" plus d'une fois... C'est la galère. Nous tenterons demain de faire mieux à l'aéroport.

Ensuite, en fin d'après-midi, c'est à nouveau un taxi que nous trouvons, non sans mal, pour nous ramener à l'hôtel. À force de faire les difficiles et de chipoter pour quelques roupies, nous sommes devant une évidence : Nous n'avons pas encore totalement compris l'Inde urbaine. Du coup, c'est dans un tacot noir surchauffé par le soleil et sans climatisation que nous grimpons. À 30 km/h pas plus, nous nous dirigeons vers le Sud de la ville. Pour ne pas contraindre le chauffeur à - comme l'a fait son collègue - payer le péage, je lui concocte une trace bien comme il faut. Les derniers mètres avant d'atteindre l'hôtel se feront par une sorte de piste défoncée, cernée de grillages qui marquent la limite de Delhi intra-muros. C'était juste !


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Delhi – Manali

Ce matin, à Delhi, nous avons dû nous lever vraiment tôt. À 2h30 ! Aïe, ça pique ! L'idée, c'était de nous rendre à l'aéroport bien avant notre vol pour Manali pour tenter de récupérer le bagage de Manu. Le problème, c'est que le bureau des bagages perdus se trouve côté sortie des voyageurs. Et là, plantés près des portes... Des militaires en armes. Il n'est pas question de rentrer. Nous nous renseignons auprès d'un planton, puis auprès d'un autre qui "refile le bébé" à un troisième, puis 2 autres s'en mêlent... Mais on avance. Au bout d'une petite heure, un gradé vient nous voir à son tour. En 2 tours de turban c'est réglé. Il fait venir le bagage jusqu'à nous. Manu est soulagé, très soulagé.

Direction ensuite la porte des départs. À 6h45, nous décollons à bord d'un ATR à hélices faisant un boucan d'enfer.

La descente sur la piste de l'aéroport de Kullu est vertigineuse. Nous frôlons les montagnes. Elle débute rasibus un torrent, et elle est très courte. Nous sommes bien secoués.

Nous devons maintenant prendre un "big-taxi" pour nous rendre à notre hôtel de Manali. 50 kilomètres nous en séparent environ, et autant de vaches couchées sur la chaussée. Notre chauffeur se prend pour un pilote, il file à toute allure en klaxonnant sans cesse. Pénible.

C'est donc bien chiffonnés que nous atteignons l'hôtel. Un peu de paperasse et zou ! direction le loueur de Royal Enfield 500 Bullet, à 100 mètres à peine. Là encore, de la paperasse... Et un passage au guichet ATM pour retirer l'argent de la caution. Le loueur nous a préparé à ma demande un lot de pièces et d'outils, bien utiles pour ce genre de machine. Tout ça est rassemblé dans un sac à patates.

Avant de faire nos premiers tours de roues avec nos motos, nous partons déjeuner. Un restaurant à mi-distance de l'hôtel fera l'affaire. Une terrasse couverte offre un beau point de vue sur la vallée, sur le torrent en contre-bas et sur des plantes disons..."Suspectes" !

Le ventre plein, direction est à nouveau prise vers le loueur. Nous ne ferons que 100 mètres avec les motos. Suffisamment pour nous imprégner de la rusticité de nos brêlons. Dans le parking couvert de l'hôtel, Manu et moi nous occupons de la fixation des supports de nos GPS.

Le temps s'est couvert. Nous décidons de... Ne rien faire.


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Manali - Gemoor

Avant de prendre la route ce matin, nous avons pris un petit déjeuner hors du commun. Un serveur est venu nous apporter 4 cafés qui ressemblaient à s'y méprendre à 4 thés très légers. Nous avons involontairement soutenu un long moment au jeune homme qui parlait un anglais très sommaire qu'il s'était trompé dans la commande. L'un de nous a finalement opté pour ce breuvage pour se rendre immédiatement compte qu'effectivement, c'était bien du café, ou plus exactement un nuage de café dans un verre d'eau chaude. Il ne nous aura pas énervé beaucoup celui-là...

Nous faisons le plein des machines à la sortie de Manali. Des bidons de plastique font office de réservoirs additionnels. L'un des miens est percé... je ne m'en apercevrai qu'après avoir perdu plus d'un demi-litre du précieux liquide. Et il aura été très difficile de trouvé un bidon de remplacement, jusqu'à quelques kilomètres avant notre étape de ce soir.

Et que dire de nos Royal-Enfield ? Pour faire simple et imagé, c'est une sorte de Bollywood-chewing gum sur roues. Impressionnantes... D'imprécision. En prime, il nous faudra régulièrement vérifier le serrage des boulons...

La route que nous empruntons jusqu'à notre "premier 4000 mètres" - une formalité pour nous tous - est la seule à desservir Leh. Elle est saturée de camions. Elle se transforme en piste défoncée sitôt franchi le col et forme d'innombrables lacets. Des dizaines d'ouvriers tentent de lui redonner un peu d'allure, mais le trafic est tellement dense qu'ils peinent à travailler.

C'est sur cette piste que Manu - encore lui ! - perdra un de ses sacs et un de ses bidons d'essence... Plein ! Décidément, il n'a pas de chance. À nouveau il se retrouve sans slips et sans chaussettes, entre autres choses qui lui auraient été bien utiles !

Laurent, lui, s'est pris une bonne bûche en se retrouvant face à un camion pas du tout décidé à partager avec lui l'étroite chaussée. Le phare de sa Royal-Enfield restera là éclaté en mille morceaux. Par chance nous trouverons plus tard un garage qui avait la pièce en stock. La réparation n'aura duré qu'une grosse demi-heure.

La machine de Francis, elle, fume bleu ! Pas bon signe. Mais un arrêt rapide chez un mécanicien de bord de piste aura suffit à nous rassurer. C'est normal, ça peut tenir qu'on nous dit. Alors...

Nous ne faisons une halte pour déjeuner qu'à 15h environ. Nous avons le gosier tapissé de poussière. Un bon rafraîchissement s'impose.

Le ciel est changeant, tout comme nos tenues que nous devons sans cesse adapter à la température. Elle varie de quelques degrés à plusieurs dizaines de degrés... En gros.

Les paysages aussi sont très variés. Au départ de l'étape nous circulions en pleine forêt de conifères, puis au fur et à mesure que nous prenions de l'altitude les arbres disparaissaient au profit de prairies. De nombreuses cascades dévalaient les montagnes. À présent et peu avant d'arriver à Gemoor, notre étape de ce soir, la végétation se fait encore plus rare. Les montagnes dénudées et fragilisées par l'absence de végétation laissent tomber de gros rochers sur la piste. Pas très rassurant tout ça. Tout là-haut, on peut apercevoir de gigantesques glaciers.

Nous sommes "posés" pour la nuit dans une guest-house très sympathique et qui domine la vallée. Le dîner sera servi à 20h00. Des "strong beers" locales nous attendent. Et au menu, que des produits frais. En effet, la région est très cultivée. Choux, pommes-de-terre, tomates, pommes, herbes aromatiques...

Ici à Gemoor, peu après le village de Keylong, sur la route qui sépare Manali de Leh, la grosse ville située au cœur du Ladakh, il n'y a ni téléphone, ni Internet. Même le signal de mon GPS pourtant performant se perd dans les montagnes de temps en temps !


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Gemoor - Sarchu

Une étape qui se passerait presque de commentaires, tellement elle était jolie. 87 kilomètres parcourus... Et presque autant de pauses photos. Tantôt route à l'asphalte "à l'indienne" récent, tantôt vestige de route goudronnée défoncée, mais le plus souvent piste cassante et poussiéreuse, l'axe qui relie Manali à Leh vaut à lui seul le voyage.

Après un "petit 4000 mètres" hier, nous franchirons un "petit 5000 mètres" aujourd'hui. On progresse ! Pour le moment, à part quelques vertiges, nous n'avons pas à nous plaindre d'autres maux.

Le soleil ne nous a pas quitté de la journée. Il doit faire un petit 17°C en moyenne. C'est très agréable pour rouler.

Nous en sommes déjà à notre troisième poste de contrôle. À chaque fois, nos passeports et les autorisations de circuler que nous avait préparées le loueur nous sont demandés. Souvent, à l'approche d'un check-point, un militaire bien à l’abri dans sa guérite tire une corde qui se tend alors en travers de la piste pour nous contraindre à nous arrêter. Nous sommes vraiment suivis à la trace !

Volontairement, j'avais prévu d'effectuer la distance qui sépare Manali de Sarchu en 2 courtes étapes, de sorte que nous puissions progressivement nous habituer au changement d'altitude – nous sommes passés de 2500 mètres à près de 5000 mètres - et au manque d'oxygène. Mais lorsque nous reviendrons à Manali, nous devrons enchaîner les 2 étapes que nous venons de faire... En une seule journée de roulage ! Il était donc également utile de faire ce soir un point sur notre vitesse de progression et sur notre consommation en essence. En ce qui concerne notre vitesse, mon GPS nous sert de mouchard. Nous roulons à une moyenne de 30 km/h. Et si l'on tient compte des arrêts (photos, essence...), notre vitesse de progression n'est plus que de 18,3 km/h !!! Un bref calcul nous permet d'estimer à 10 bonnes heures le temps qu'il nous faudra pour nous rendre de Sarchu où nous sommes ce soir à Manali au retour. Concernant la consommation en essence, elle est pour moi de 5,5 litres pour 220 kilomètres parcourus soit environ 2,5 litres d'essence pour 100 kilomètres de distance. Pas mal !


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Sarchu – Leh

Une magnifique journée se prépare. Le soleil ne nous aura en effet quitté qu'un petit 1/4h aujourd'hui pour laisser place à une averse de neige-grêlante. Rien de bien méchant.

Et c'est presque déjà la routine. 2 cols à près de 5000 mètres franchis en début de journée, et le second plus haut col routier du Monde passé peu avant midi, à 5328 mètres ! La routine encore en ce qui concerne les points de contrôles. 3 aujourd'hui, plus un pont payant (?!).

Les paysages sont ici grandioses et la luminosité, parfaite. L'étape est longue de 260 kilomètres. Nous ferons bien 50% de pistes fatigantes, mais en fin de journée nous roulerons sur un plateau perché à 4700 mètres et là, la route sera presque parfaite. Heureusement, parce que le dos et les cervicales en prennent un coup. Il faut dire que les Royal-Enfield tiennent de l'enclume. Au secours !

L'arrivée sur Leh n'est pas très jolie. À 15 kilomètres environ de la ville, une gigantesque base militaire gâche le paysage. La route la traverse. La circulation y est ralentie grâce à des chicanes judicieusement positionnées.

Nous espérons avoir moins froid cette nuit que la nuit dernière, passée à Sarchu. Et moins mal au crâne aussi, car nous sommes redescendus à une altitude plus supportable. En tout cas, la literie n'est pas meilleure. Et l'eau chaude, absente ici aussi. Mais ce n'est pas bien grave.


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Leh

Notre camp de toile s'est avéré être finalement une très agréable adresse. Nous y avons très bien dormi. Bien mieux qu'à Sarchu même si là aussi le froid aura été glacial, comme en atteste l'état de la selle de ma moto au petit matin. Elle est recouverte de cristaux de glace.

Au départ de notre étape d'aujourd'hui, longue quand même de 32 kilomètres, nous nous rendons près du monastère emblématique de Leh entouré de beaucoup de stupas blancs. Superbe, dans la lumière du matin.

Ensuite, dans le chaos de la circulation locale, nous atteignons péniblement une station essence puis un guichet ATM pour renflouer un peu les caisses. Il était temps !

Les pleins d'essence et de billets faits et en contournant habilement le centre-ville bouchonné, nous prenons un peu d'altitude pour nous rendre à un magnifique panorama sur Leh. En observant les rues en contre-bas, nous comprenons vite que le marathon du Ladakh qui se déroule aujourd'hui sème la pagaille sur les axes principaux de la ville. Nous devrons nous faufiler dans de minuscules ruelles pour pouvoir accéder à notre hôtel et enfin couper les moteurs.

Manque de chance, un bug dans la gestion de notre réservation nous oblige à changer d'adresse ! Mais nous y avons gagné... La pension complète et un accueil formidable du patron. Sans compter la cuisine, excellente. C'est encore le patron qui se chargera en soirée de nous obtenir le permis (encore un) qui nous sera nécessaire pour pouvoir vadrouiller dans le coin dès demain.

Leh est une ville assez laide, mais elle est très animée. Comme souvent, des coupures d'électricité ont lieu. Le soir venu et alors que la lumière naturelle décline, les commerçants, les hôteliers mettent en marche de gros groupes électrogènes qui contribuent, comme s'il en était besoin à augmenter encore la pollution ambiante et le bruit. Manu s'empresse d'acheter des vêtements pour remplacer ceux, perdus sur la piste. Il était temps, les mouches commençaient à s'intéresser sérieusement à lui...


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Leh – Kargil

Nous serons ce soir à Kargil, point le plus au Nord de notre périple, à quelques kilomètres seulement de la frontière pakistanaise. Et qui dit frontière commune avec le pakistan, dit méfiance. Et qui dit méfiance, dit des militaires partout, mais absolument partout. Des camps en veux-tu en voilà, souvent sales et poussiéreux, s'étendant sur des centaines d'hectares chaque fois. Curieusement pourtant, nous n'aurons aujourd'hui été stoppés dans notre progression par aucun check-point. C'est à n'y rien comprendre.

L'étape du jour débute très tôt car ce matin encore il y a au centre de Leh des courses susceptibles de rendre impraticables certains axes. Dès 6h00 aux dires du patron de l'hôtel.

En piste ! La lumière du matin sur l'Himalaya est superbe. Pas de brume, un ciel totalement pur pour peu que l'on quitte les villes, car elles sont très polluées.

En milieu de journée nous empruntons une piste "de la mort qui tue", avec parfois des ravins de plusieurs centaines de mètres et d'innombrables épingles serrées. Extra !

Kargil, notre ville-étape est une cité du bout du Monde, 100% Musulmane, 100% moche aussi. Les coups de klaxon y sont permanents, c'est usant. Pour dîner et pour échapper au capharnaüm , nous nous réfugions sur le toit-terrasse d'un hôtel encore en chantier. Un peu comme tout le reste du Ladakh, en fait. En arrivant à Kargil, à la station essence, Manu s'était aperçu qu'il avait crevé de l'avant. À l'hôtel, nous avions effectué non sans mal la réparation avant d'aller dîner. L'aventure, quoi...

L'étape de demain va être modifiée. Les conditions de roulage incertaines (pluie du début de saison) et le fait que, ce soir seulement nous ayons appris qu'un permis spécial (encore un !) était indispensable pour se rendre à Batalik, puis vers Leh depuis cette petite bourgade nous ont convaincus de ne pas nous engager vers le Nord-Est de Kargil. Dommage.


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Kargil - Leh

Nous quittons sans trop de pincement au cœur la ville de Kargil. À l'ombre des montagnes, elle n'est vraiment pas attirante tant elle est sombre, surtout le matin.

Plus réjouissante, c'est la pause thé que nous avons prévu de faire dans un village dominé par un monastère mais qui, surtout, a su conserver des vestiges anciens semi-troglodytiques admirables d'authenticité.

Plus loin, nous retrouvons facilement la sortie de la piste en corniche que nous avons empruntée hier. Cette fois, nous restons sur la route principale qui, très vite, se met à serpenter tout au fond d'un impressionnant canyon. Le ruban d'asphalte suit le torrent. Mais ce que nous craignons tous au moment de nous y engager, c'est la chute de pierres ou même de pans entiers de la montagne sur nos frêles carcasses. Et là, pas question d'espérer pouvoir mettre un coup de gaz ou freiner d'urgence avec nos antiques brêlons pour éviter la catastrophe.

Alors que je suis en queue de peloton, je vois au loin - et donc juste derrière celui qui me précède - un nuage de poussière se former le long de la paroi. Arrivé à hauteur du panache, je m'aperçois qu'un volume de terre et de pierres équivalent à un bon semi-remorque vient de se répandre sur le côté de la chaussée !!! Chaud !

Dans cet interminable canyon (15 km environ), quelques arbres survivent, le feuillage tremblant de peur à l'idée d'être engloutis.

Nous arrivons à Leh en tout début d'après-midi. Direction l'hôtel tout d'abord, pour y déposer notre paquetage. Puis nous prenons à pied la direction de la basse ville historique. Au feeling nous marchons dans de petits sentiers qui bordent un ruisseau. À gauche, à droite, de toutes petites parcelles potagères, irriguées en eau par de minuscules canaux.Quelques vaches divagues, des chiens aussi. Nous atteignons bientôt le quartier odorant des boulangers. Nous y achetons du pain tout juste sorti du four de terre cuite.

Nous allons ensuite nous perdre dans les rues animées de Leh, dans l'espoir d'y trouver un magasin Royal-Enfield pour acheter une chambre à air de remplacement. Échec ! Par contre, nous rencontrons par hasard le patron de notre hôtel de la nuit dernière. Il est justement entrain de faire faire notre permis officiel tamponné et tout et tout pour demain. Incroyable !

Marcher, ça donne soif et faim ! Nous nous dirigeons dans le centre pour nous poser un peu.

C'est l'anniversaire de Laurent aujourd'hui ! 60 ans. Francis dégote une boutique qui vend en catimini du vin et d'autres alcools. Une bonne bouteille de vin, des bières et un bon rhum sont achetés. Ce dernier est gardé pour quand nous aurons atteint demain le plus haut col routier du Monde, le Kanghun La, à 5600 mètres d'altitude. Plus loin, c'est dans une pâtisserie que Laurent achètera son gâteau d'anniversaire. Un crumble en croûte aux pommes indiennes.

Nous reprenons en fin d'après-midi le chemin de l'hôtel, par les mêmes sentiers ombragés.

Une bien belle journée, qui n'est pas encore terminée. À table !


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Leh – Hunder

Encore une journée intense et riche de découvertes.

Ce matin, nous sommes partis à 5h15 de l'hôtel, après nous être préparés nous-mêmes notre petit-déjeuner, le personnel de l'hôtel n'étant pas réveillé à cette heure !!! Pourquoi partir si tôt ? C'était mûrement réfléchi. À Leh, une organisation mafieuse de bikers oblige les motards ayant loué leur moto à Manali à les échanger contre des motos locales pour se lancer à l'assaut du fameux Khardung La, le col routier le plus haut du Monde : 5365 mètres d'élévation à mon GPS. Nous n'avions pas du tout envie de céder à ces exigences. Nous avons donc opté pour un départ de nuit, afin de déjouer le plan de ces racketteurs. Nous sommes ainsi passés sans encombre devant le point de contrôle. Bien fait !

L'ascension aura duré près de 2 heures. 500 mètres environ avant le sommet, la piste est recouverte d'une fine couche de neige verglacée. Le pilotage de nos tromblons devient très difficile. La brume de surcroît réduit la visibilité à quelques dizaines de mètres seulement. Et tout près... le ravin ! Glurps !

Mais quelle récompense ! Seuls tout là-haut. Pas un seul touriste. Génial ! Un p'tit coup de rhum pour nous réchauffer, avant de faire tout plein de photos, puis c'est la descente sur l'autre versant, orienté au Nord. Ça glisse vraiment, le sol est cette fois totalement gelé. Nos motos, chaussées de pneus sans accroche deviennent ingérables. Elles font ce qu'elles veulent. Heureusement, ce calvaire ne durera que très peu de temps. Une demi-heure tout au plus.

Nous retrouvons rapidement le soleil et un sol sec et poussiéreux. Alors que la température devient plus supportable, à environ 4500 mètres d'altitude, nous nous arrêtons prendre un thé bien chaud au bord de la route, près d'un torrent. Nous resterons là un bon moment, tels des lézards sur un muret.

Vers 10h30 nous commençons à croiser des voitures, des motos, des camions qui entament l'ascension. Nous nous disons alors que nous avons fait le bon choix. Partir tôt, c'est l'assurance de vivre pleinement ce moment fort et particulier dans la vie d'un motard voyageur.

En arrivant à proximité de Hunder, notre ville étape de ce soir, commencent à apparaître des... Dunes ?! Oh pas très hautes, juste quelques dizaines de mètres pour les plus imposantes, mais c'est tout de même surprenant.

Nous nous autorisons la visite d'un monastère vers midi. Il fait chaud et gravir les marches est une épreuve. Mais là-haut, nous pouvons assister à la prière chantée des moines.

Nous avons un peu peiné à trouver notre hôtel. Une bonne douche et, vers 15h, nous partons déjeuner à l'extérieur, dans un "low-food" indien. Pourtant l'enseigne nous promettait tout le contraire. Il y était inscrit "fast-food" . Dieu que l'attente des plats a été longue... Mais que la cuisine était excellente.

De retour à l'hôtel nous enfourchons nos pétoires pour aller voir de plus près les fameuses dunes. Ça grouille d'indiens venus là pour se faire chahuter sur des chameaux. Insolite.

Demain nous devrons à nouveau franchir le Khardung La pour revenir à Leh. Pas le choix. Nous partirons là encore assez tôt pour ne pas subir le flux important de véhicules au passage du col et sur les 2 versants de la montagne à partir de la mi-journée.


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Hunder - Leh

Nous voici de retour à Leh, après un nouveau franchissement du Khardung La, cette fois sous un soleil radieux. Une vraie promenade de santé. Mais que de touristes à 10h au sommet ! Laurent, Francis et Manu m'ont remercié de les avoir fait lever tôt pour échapper, lors de notre première ascension à la foule. Dans notre descente vers Leh, nous avons vu une quantité hallucinante de camions fumants, de taxis bondés, de motards. Les croisements auront été vraiment très dangereux.

Arrivés en ville, nous faisons une courte halte chez le concessionnaire Royal-Enfield que nous n'étions jusque-là pas parvenus à trouver, juste histoire d'acheter quelques bricoles pour anticiper une nouvelle crevaison et remettre en état nos fragiles montures : Une chambre à air pour Manu, un rétroviseur pour Francis et une casquette de phare pour Laurent.

Dans l'après-midi nous retournons dans "nos coins à nous", histoire de fêter comme il se doit la totale réussite de notre initiation aux sommets du bout du Monde.


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Leh – Karzok

Une longue et très belle étape nous attend aujourd'hui encore. 240 kilomètres entre Leh et Karzok, sur les rives de Tsomoriri Lake.

Après avoir fait le plein des motos, nous voilà partis pour l'ascension, pour la seconde fois, d'un col à 5328 mètres à laquelle il n'est pas possible d'échapper puisque c'est là la seule route qui mène à Manali depuis le Sud de Leh.

Le soleil est toujours au rendez-vous mais il fait super froid. Pour ma part, j'ai entassé :
- buste = 6 couches techniques,
- jambes = 4 couches techniques,
- mains = 2 couches,
- pieds = 3 couches.
Du coup, mon sac est presque vide !

Nous nous accordons une longue pause thé très sucré avant la grimpette, histoire de prendre des forces, puis une autre juste après la descente histoire de reprendre les forces perdues en haute altitude.

Bientôt nous quittons la route principale, correcte jusque-là pour une autre, disons... en devenir où à l'abandon. C'est selon. Nous allons être secoués sur 89 kilomètres exactement. Ces mêmes 89 kilomètres que nous devrons refaire à l'aube demain. Il nous aura fallu... 5 heures !

Laurent "s'en est mis une bonne", mais rien de grave. Il devra juste changer à nouveau le phare de sa moto, qu'il avait déjà dû remplacer une première fois à Leh. Pas de bol...

Les lacs satellites du grand Tsomoriri Lake sont plus jolis que l'immense retenue d'eau naturelle.

En arrivant à Karzok, nous devons montrer pattes blanches et... passeports, permis spéciaux, permis de conduire internationaux, etc... Et nous devrons à nouveau passer ce point de contrôle avant de quitter la zone demain matin.

Notre camp de toile est très sommaire et très cher. Le prix à payer pour avoir le privilège de contempler les montagnes du Ladakh qui se reflètent au soleil couchant dans l'eau du grand lac.


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Karzok - Sarchu

Avant-dernière étape de notre périple aujourd'hui.

Hier soir, au camp de toile de Karzok, sur les rives du Tsomoriri Lake, nous avons dîner dans un baraquement insolite fait de tôles et de planches. La cuisine y était excellente. Au menu indien il y a traditionnellement :
- une soupe spicy,
- du riz blanc,
- des lentilles en sauce spicy,
- des légumes variés frits en sauce non spicy,
- de l'eau en bouteille,
- des galettes de céréales, avec ou sans ail.
Pas de quoi prendre des kilos, assurément...

Nous avons quitté Karzok tôt ce matin. Check-point de sortie de village, puis zou ! En route. Au menu pour commencer : 89 kilomètres de pistes sablonneuses et rocailleuses, dans un froid glacial et un fort vent, avec un point haut situé à 4980 mètres d'altitude. Au bout de ce calvaire pour nos mains et nos visages, gelés, une petite pause s'impose. Nous nous arrêtons boire un bon thé brûlant au moment de récupérer la grande route Leh-Manali. Il est savouré comme une récompense après tant d'efforts. S'en suivent 2 autres cols à environ 4900 mètres d'altitude, faciles.

Il n'est pas rare au Ladakh d'être contraints à sillonner à plusieurs reprises les mêmes routes, les mêmes pistes tant elles sont peu nombreuses, les cul-de-sacs et les éboulements si fréquents. Mais le fait d'emprunter en sens inverse comme nous le ferons aujourd'hui et demain des axes déjà connus ne gâche en rien notre plaisir de rouler. Nous apprécions tout autant les paysages grandioses qui nous sont donnés à voir pour la seconde fois. La lumière, les ombres diffèrent à tout instant de la journée.

Ma machine a souffert ! La tête de l'amortisseur arrière-droit de ma moto a rendu l'âme. De plus, le joint spi du fourreau gauche de la fourche dégueule de l'huile, qui tombe sur le disque de frein... donc plus de frein avant. Ça commence à faire beaucoup ! Une réparation de fortune de l'amortisseur est impérative car, sinon, le bras oscillant pourrait se rompre à cause du déséquilibre des charges. Des colliers Rilsan feront l'affaire... Nous l'espérons !?

Lorsque nous arrivons à notre camp de toile de Sarchu - le même qu'à l'aller - seules nos 2 tentes ainsi que celles des communs restent debout ! Tout le reste du campement a été démonté. Nous sommes les derniers clients de la saison. L'alignement d'une douzaine de cuvettes de WC sur le terrain vague fait bizarre à voir.

Demain nous aurons un dernier gros morceau à avaler jusqu'à retrouver le "confort" de Manali. Nous tenterons en chemin de faire changer l'amortisseur de ma pétrolette, histoire de ne pas risquer de tout casser dans les dernières pistes qui, nous le savons sont très physiques.


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Sarchu - Manali

Nous voici de retour à Manali. Au moment de quitter notre camp de toile de Sarchu, par -5°C environ, le ciel au loin semble bien chargé. Les premières neiges sont tombées cette nuit. Le Ladakh se referme aux visiteurs. Il est grand temps de boucler la boucle.

Après seulement une demi-heure de roulage, effectivement, la neige commence à obscurcir les paysages et à restreindre la visibilité. Heureusement, il est encore bien tôt et il y a très peu de circulation. Les montées en épingles, les cols, les descentes vertigineuses s'enchaînent, la neige se transforme en pluie, glaçante. Pas pour longtemps, heureusement. Le soleil refait sont apparition en milieu de matinée.

Finalement, nous n'aurons eu que 2 grosses heures de mauvais temps sur 11 jours de raid. Pas mal ?!

Tout roule jusqu'à... Une crevaison de la roue arrière sur la moto Francis. Damned ! Nous sommes à ce moment-là près d'un pont où se sont rassemblés plusieurs commerçants. Un bon thé nous permettra de réfléchir... Le gérant de la boutique nous indique qu'à 5 kilomètres, il y a un petit atelier de mécanique. Francis prend immédiatement la route, au pas. Nous le rattraperons.

La roue est vite réparée, nous pouvons poursuivre à allure normale. Piste, route, piste, route, piste...

À Keylong, à environ 80 kilomètres de Manali et sachant qu'une piste très pénible nous attend, nous décidons de faire changer l'amortisseur cassé de ma moto. La réparation de fortune a tenu jusque-là mais nous jugeons qu'il est plus prudent de faire procéder à son remplacement. 2 shops se font presque face. Dans l'un nous achetons la pièce pour 20 euros (!) et dans l'autre, nous sollicitons les mécaniciens pour... 2 euros de main-d’œuvre !!! Et c'est reparti.

Une fois le dernier col franchi, Manali se profile en contre-bas. 30 kilomètres environ restent à parcourir, dans l'enfer de la circulation. Sur la toute petite route de montagne sur laquelle nous nous trouvons encore, les camions peinent à se croiser et des bouchons se forment. À chaque manœuvre, les camions hors d'âge laissent échapper de gros nuages de fumée noire qui nous bouche les narines et nous irrite les yeux. Ces derniers kilomètres sont un véritable supplice.

Nous voici enfin à Manali. La restitution des motos se fera sans trop de problèmes... Sauf peut-être pour l'amortisseur neuf que j'aurai un peu de difficulté à me faire rembourser... Mais je réussirai tout de même.

Ensuite... Direction le Rasta Café ! Une excellente adresse, pile en face de notre hôtel, où nous resterons toute la soirée, jusque tard dans la nuit. Bonne cuisine, très bonne musique et très très bonne ambiance. Que du bonheur.

Un très beau voyage.

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