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ESPAGNE-PORTUGAL

L'aventure ibérique

GORANDO - Récit de voyage à moto - Espagne-Portugal

Au départ de Montory (64 - France), le temps est maussade. Savoir que tout l'hexagone est comme "noyé" sous une gigantesque dépression glaciale et stagnante nous incite à franchir au plus vite la chaîne des Pyrénées pour, nous l'espérons, trouver un peu de chaleur et de soleil de l'autre côté de la frontière, en Espagne puis plus tard au Portugal.


GORANDO - Récit de voyage à moto - Espagne-Portugal

ÉTAPE 1
Montory (France) - Tudela (Espagne)

Le Port de Larrau n'étant pas encore ouvert, nous nous dirigeons vers le Col de La Pierre Saint-Martin, accessible lui.
Il fait un froid polaire. À l'ordinateur de bord de ma KTM 1190 Adventure R, le témoin "risque de verglas" ne cesse de clignoter. -1,5°C d'affiché. Autant dire qu'on se gèle !

Le col à peine franchi, nous entamons une longue descente "au cul" d'une saleuse espagnole qui racle la fine couche de neige présente sur la chaussée. Alors que nous atteignons la vallée, le thermomètre reste désespérément sous la barre des 10°C. Et que dire de cette pluie tenace...

Nous faisons une halte au panorama de Foz-de-Arbayun, près de Romanzado. Magnifique ! La pluie a cessé et ce n'est pas dommage.

Nous déjeunerons à Sangüesa de Navarre. Un snack-bar fera l'affaire, car nous ne sommes pas encore "formatés" au rythme espagnol. Les vrais restaurants sont tous clos à cette heure. Peu importe, le plus important étant de nous réchauffer.

Les premières pistes que nous empruntons sont vicieuses. Des flaques de boue n'ont qu'une idée en tête : nous faire goûter dans le vrai sens du terme la terre espagnole.

À l'approche de Tudela, notre ville-étape de ce soir, la pluie refait son apparition. Nous devions sillonner quelques-unes des pistes du Désert des Bardenas, mais elles sont impraticables. Des cyclistes qui s'y sont aventurés sont contraints de porter leurs vélos tant les roues sont chargées de glaise collante.

Notre premier bivouac est compromis. Nous nous retranchons dans une construction à l'abandon. Nous y serons au sec. Ce sera juste un peu compliqué de planter les sardines de nos toiles de tentes...

Tels des squatteurs, nous faisons un grand feu dans la bâtisse. La fumée nous pique les yeux mais ce n'est pas grave. Au moins, nos vêtements seront secs pour demain.

Que l'aventure commence !


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ÉTAPE 2
Tudela (Espagne) - Burgos (Espagne)

6h30. Au réveil ce matin, il fait grand beau ! Après un bon café, un morceau de pain, une barre de céréales et une Pom'pote, nous quittons notre abri de fortune pour gagner l'entrée d'une première piste au sud-ouest de Tudela.

Nous serpentons entre les parcelles cultivées, où les jeunes pousses au vert tendre s'abreuvent de l'eau de pluie de la veille et profitent des rayons du soleil. La température est agréable, tout va bien.

Les premiers oliviers font leur apparition. Le sol devient plus aride et des bosquets fleuris d'épineux tapissent à présent les collines. Nos roues soulèvent un peu de poussière, tout va très bien.

Nous trouverons péniblement un endroit pour déjeuner. Dans le village de San Pedro Manrique, enfin, un modeste restaurant semble ouvert. Une cuisine "baignant dans l'huile" nous est proposée.

À l'approche du barrage de Mansilla dans la province reculée de La Rioja, le relief devient franchement plus prononcé. Au point que lorsque nous nous engageons à droite sur cette piste, une rampe de béton a été coulée dans les premiers lacets, tant la pente est raide.

Après plus d'une demi-heure d’ascension du massif, nous sommes bloqués par la neige qui obstrue totalement le chemin. Argh ! Demi-tour.

Plus tard en journée et à l'approche de notre lieu prévu de bivouac, c'est la route qui cette fois semble barrée ?! Nous tentons d'en savoir plus auprès des quelques habitants du hameau de Riocavado de la Sierra... Un pont est en travaux, plus loin...

Nous décidons de poursuivre notre route, quitte à bivouaquer dans la montagne si effectivement le passage est impossible.

Arrivés au pont, nous constatons qu'après quelques travaux de terrassement nous devrions pouvoir le franchir sans trop de difficultés. Zou !

Finalement, nous atteindrons sans problème notre bivouac de ce soir, en bordure de ruisseau.


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ÉTAPE 3
Burgos (Espagne) - Llanes (Espagne)

La province de Burgos n'est pas la plus jolie d'Espagne. Elle est traversée par deux grands axes routiers à l'intersection desquels se trouve la ville de Burgos, industrielle et cité dortoir à la fois. Nous ne nous attarderons pas ici et préférons nous diriger par quelques belles pistes vers le nord-ouest pour aller explorer les chaos rocheux situés au-delà de San Martín de Humada et jusqu'à Olleros de Pisuerga.

Un arrêt s'impose à la cascade de Fuenteodra. Un fin filet d'eau est parvenu ici à creuser la roche pour former un petit canyon.

L'endroit est tellement bucolique que Thibaut décide d'y poser "artistiquement" sa moto sur le flanc sous le regard amusé d'Olivier.

Damned ! D'un coup de botte malencontreux, Thibaut vient de pulvériser une pièce très exposée de sa monture. La gestion de l'ouverture des gaz est compromise. Le moteur démarre mais refuse de quitter le ralenti pour prendre des tours.

Il faut se rendre à l'évidence. À moins d'un miracle, les concessionnaires les plus proches ne disposerons sans doute pas de ce contacteur...

Thibaut contacte son assureur qui organise alors son remorquage jusqu'à Burgos. Un atelier BMW Motorrad s'y trouve. Notre compagnon nous quitte... mais nous espérons qu'il pourra très vite nous rejoindre...

Olivier et moi reprenons notre route, prudemment. Il est tard et nous décidons de rejoindre presque directement notre étape de ce soir. Nous nous autorisons cependant une incursion dans le magnifique Parque Natural Fuentes Carrionas y Fuente Cobre.


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ÉTAPE 4
Llanes (Espagne) - Puebla de Sanabria (Espagne)

Le Golfe de Gascogne, pourtant d'ordinaire venteux et aux eaux agitées est ce matin étrangement calme. La côte très urbanisée des environs de Llanes laisse tout de même percevoir de temps à autre la mer. Les stations balnéaires qui s'y succèdent sont désertes.

Nous nous enfonçons dans une ruelle, au hasard. C'est une voie sans issue qui mène à la terrasse désaffectée d'un restaurant. La vue sur le littoral y est agréable. Et quel calme...

Nous bifurquons bientôt à gauche, peu après le surprenant ria de Los Caleros. Un gracieux édifice religieux se trouve là, construit sur un surplomb rocheux. Amarrées tout près, quelques barques sont envasées.

Hier nous avons contourné le Picos de Europa National Park par l'est. Aujourd'hui, ce sera par l'ouest.

Nous empruntons pour cela la sublime toute petite route qui relie les villages de Puente Nuevo, Riensena et Corao. Elle serpente tantôt à flanc de falaise, tantôt au cœur de la forêt. Elle est tellement étroite que dans les épingles les plus serrées il est prudent de klaxonner afin de prévenir de notre présence.

Plus loin, au hameau de Vega de Cien nous faisons une halte dans un bistrot totalement hors du temps.

Nous en pofitons pour prendre des nouvelles de Thibaut, resté à Burgos pour tenter de faire réparer sa moto, tombée en panne hier. Il attend, fébrile, l'ouverture de la concession BMW Motorrad. Nous convenons de lui retéléphoner un peu plus tard...

Nous poursuivons notre route. Après le superbe défilé de Los Beyos, la route s'élève rapidement et nous retrouvons bientôt la neige. Au Puerto de las Señales exactement.

Les pistes que nous sillonnons ne sont pas toutes déneigées. Le pilotage devient technique. Comme par exemple sur ce "passage canadien"...

Peu après le hameau abandonné de Camposolillo, nous sommes contraints de faire demi-tour. Les eaux du barrage Del Porma ont recouvert la piste.

Une pause s'impose, le temps pour moi de trouver une solution de contournement sur mon GPS. Olivier en profite pour prendre des nouvelles de Thibaut... La pièce est en stock !

Thibaut, sans attendre notre coup de téléphone a déjà pris la route afin de nous rejoindre à León, à mi-étape. Formidable !

Notre trio est à nouveau rassemblé. Après un excellent déjeuner pris en terrasse dans le centre historique de la ville, nous reprenons notre progression vers la frontière du Portugal, au sud-ouest.

Nos montures soulèvent de plus en plus de poussière, la végétation évolue, les paysages sont magnifiques.

Nous piquons plein sud à Puebla de Sanabria. Les collines sont ici calcinées. Les incendies de l'an passé, qui n'avaient pas pu être maîtrisés ont fait des ravages.

Une parcelle de forêt semble avoir été épargnée... À l'entrée d'une piste je devine un tout petit refuge en pierre, avec une cheminée. Le site est idéal pour un bivouac... C'est là que nous passerons la nuit.


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ÉTAPE 5
Puebla de Sanabria (Espagne) - Lavacolhos (Portugal)

Quelques minutes seulement après avoir quitté notre campement, nous voilà déjà arrêtés. Nous n'étions en effet qu'à huit kilomètres environ de la frontière entre Espagne et Portugal et c'est là que nous venons de stopper nos machines aux moteurs à peine chauds.

Entre Rihonor de Castilla - côté espagnol - et Rio de Onor - côté portugais - a été "plantée" une borne de granit très ancienne, gravée d'un "P" et d'un "E" et marquant notre changement de pays. Même si cela n'a rien d'exceptionnel, l'architecture préservée des deux hameaux méritait bien quelques photos. Le pont médiéval, les murs de pierres sèches, les balcons de bois et les toits de lauzes des maisons sont remarquables. Seule l'eau claire jaillissant de la vieille fontaine vient troubler le silence des lieux.

Nous ne tardons pas à nous engager sur une première piste. Le chemin caillouteux, tout en virages, montées et descentes ravinées est dessiné pour desservir une multitude de petites plantations d'oliviers. Les coquelicots apportent une note colorée à ce tableau, déjà idyllique.

Un croisement de plusieurs pistes me fait prendre la mauvaise direction. J'entraîne alors mes compagnons de voyage dans une descente vertigineuse. Chaud !

En milieu de journée, couverts de poussière, nous atteignons le Rio Duero, très encaissé. Rive droite et exposées au sud, des parcelles de vigne occupent tout le versant. Quelques maisons traditionnelles de vignerons égayent les lieux. Nous prenons le temps de discuter avec un ouvrier agricole parlant un peu français. Il nous indique qu'un viticulteur champenois est propriétaire ici de plus d'un million de pieds de vigne.

Nous poursuivons notre route au travers du Parque Natural Arribes del Duero. Nous quittons bientôt la province de Bragança au profit de celle de Guarda. Nous sommes là dans les contreforts de la Serra Da Estrela. Le mont Torre s'en détache nettement (1993 mètres). C'est aussi le point culminant du pays.

Tout comme les intempéries nous avaient empêchés de traverser le Désert des Bardenas lors de notre première étape, le temps couvert d'aujourd'hui nous incite à reporter son ascension. Heureusement, sur le chemin du retour, nous repasserons par ces deux endroits. Peut-être aurons-nous plus de chance...

Il est tard. La piste qui doit nous mener à notre lieu de bivouac est technique. S'y hasarder maintenant ne serait pas prudent. Nous préférons pousser jusqu'à Lavacolhos. À l'entrée du village, en contrebas près d'un torrent a été aménagée une aire de loisirs, inoccupée à cette saison. Nous y installerons nos tentes pour la nuit.


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ÉTAPE 6
Lavacolhos (Portugal) - Lisbonne (Portugal)

Sur le papier, cette sixième étape devant nous mener jusqu'à Lisbonne n'est pas la plus prometteuse. En réalité, elle aura été superbe.

Les provinces de Castelo Branco et de Lisboa ont un relief peu prononcé mais offrent une incroyable diversité de paysages. Au printemps, c'est comme une explosion de couleurs. Tous les massifs, toutes les prairies sont en fleurs.

Les innombrables pistes qui scarifient les collines et les vallées nous réservent bien des surprises. Ici une grimpette bien velue, là un gué profond, plus loin un passage sablonneux... Tout n'est que pur plaisir.

Thibaut et Olivier, qui n'avaient jusqu'alors que peu roulé en tout-terrain progressent d'heure en heure et n'hésite plus à s'engager dans les difficultés qui se présentent devant leurs roues.

Les senteurs d'eucalyptus me rappellent les sentiers du sud-est asiatique, les longues pistes rectilignes ponctuées d'énormes trous d'eau me font penser aux chemins malgaches, défoncés eux aussi, les plateaux secs et les bosquets d'épineux m'évoquent le bush australien, les orangers et citronniers chargés de fruits et de fleurs dégagent d’enivrants parfums... Tout est magnifique.

À Ponte de Sor nous quittons une dernière piste. C'est sur le goudron que nous allons rejoindre notre hôtel de la Costa da Caparica, au sud de la capitale, rive gauche du Tage. Il est idéalement situé à moins de 500 mètres des plages. Nous allons séjourner ici deux nuits. Une petite lessive, un bon lit, et demain, nous visiterons Lisbonne.


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ÉTAPE 7
Lisbonne (Portugal)

L'hôtel de la petite station balnéaire de la Costa da Caparica où nous avons choisi de passer deux nuits réparatrices ne se trouve qu'à une quinzaine de kilomètres du centre historique de Lisbonne.

Pour nous rendre dans ce quartier très ancien et qui offre de magnifiques panoramas sur le Tage et les toits de tuiles orangées de la ville basse, il nous faudra d'abord emprunter le pont à péage du 25 Avril qui ressemble à s'y méprendre au Golden Gate Bridge de San Francisco.

Auparavant, nous accompagnerons Thibaut qui est bien décidé à trouver l'accessoire qui protégera définitivement le contacteur qu'il avait pulvérisé d'un coup de botte lors de la troisième étape et qu'il avait eu l'incroyable chance de pouvoir remplacer à Burgos.

Quant à moi, j'irai faire purger mon frein arrière, spongieux, dans un petit atelier de réparations motos...

En quelques minutes, par de petites ruelles pavées où circulent bruyamment les antiques tramways qui là encore font immanquablement penser à ceux de la ville américaine, nous voilà arrivés dans la vieille ville, haut-perchée sur une colline. Trouver un emplacement pour y stationner nos montures n'aura pas été simple.

Sous une chaleur accablante, nous nous mettons en quête d'un restaurant ombragé. Trouvé ! Un petit courant d'air bien agréable se fait sentir. Nous sommes bien, là...

Il est plus de 15 heures lorsque nous nous décidons enfin à quitter la table. Direction plein ouest, vers l'incroyable Palácio da Pena qui, au cœur d'un superbe parc domine la petite ville de Sintra.

L'édifice, représentant majeur du Romantisme du XIXe siècle au Portugal est fabuleux. À l'image des prairies portugaises au printemps, il est teinté de couleurs vives et tel les chênes liège aux troncs profondément nervurés, il est sculpté de mille représentations florales, de personnages énigmatiques, de torsades...

Depuis les terrasses et les chemins de rondes, accessibles, on embrasse tout Lisbonne à l'est et le Cabo da Roca à l'ouest.

C'est justement là que nous nous rendons à présent, afin de clôturer cette journée de repos.

La route que nous allons emprunter offre déjà de belles perspectives sur ce lieu particulier et sur l'océan Atlantique. En effet, il s'agit de la pointe rocheuse la plus à l'ouest du continent européen.

De retour à notre hôtel, Thibaut et Olivier décident d'aller "piquer une tête". De l'avis de tous, la journée aura été formidable et... nécessaire !


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ÉTAPE 8
Lisbonne (Portugal) - Monsaraz (Portugal)

C'est "propres comme des sous neufs" que nous chevauchons à nouveau nos motos ce matin. Après six intenses journées de roulage jusqu'à Lisbonne, nous aurons bien su profiter de notre journée de repos dans la capitale du Portugal. Le soleil était de la partie hier et nos vêtements, lavés, n'auront pas mis bien longtemps à sécher.

Nous prenons plein est. Jusqu'au complexe portuaire de Setúbal, la route est franchement moche. Les feux tricolores et les rond-points se succèdent. Les tours-dortoirs également.

Entre Águas de Moura et Cabrela, c'est déjà mieux. La petite route qui sépare ces deux petits villages passe au travers d'une zone humide où les bovins et les cigognes font un brin de causette.

Une première longue piste nous tend les bras. Allons-y ! Elle est très large, bien empierrée et nous pouvons franchement mettre du gaz. Les 100 km/h sont vite dépassés...

Plus loin, en traversant le village de São Cristóvão, j’aperçois sur ma droite au détour d'une ruelle une chapelle bleue et blanche vraiment mignonne. Thibaut l'a repérée également. Nous y ferons une halte, à l'ombre d'un grand arbre. Une femme âgée, toute vêtue de noir marche en direction du cimetière aux tombes de marbre blanc, un bouquet de fleurs des champs à la main. Dans le reste du village, il n'y a pas âme qui vive.

Nous poursuivons. Toujours par les pistes, nous nous rendons au Cromlech-dos-Almendres. Un ensemble de pierres levées se trouve là, au milieu des oliviers et des chênes liège. Il fait vraiment très chaud et le temps tourne à l'orage. Partout, des éclosions d'insectes créent des nuages de petites bêtes qui ne trouvent rien de mieux à faire que de venir s'écraser sur nos visières.

À midi, nous sommes arrivés à Evora. Cette ville, inscrite au Patrimoine Mondial de l'Unesco renferme des trésors d'architecture. Nous déjeunons en terrasse sur la place centrale cernée de belle bâtisses, à l'ombre de grands parasols.

Repus et quelque peu sonnés par la chaleur qui devient étouffante, nous décidons d'aller trouver de la fraîcheur dans la Capela dos Ossos. C'est une chapelle extraordinaire. Elle est tapissée de centaines de crânes, de fémurs, de tibias et de bien d'autres ossements humains !

Retour dans la fournaise. Notre trace nous mène vers le lac d'Alqueva. C'est l'un des plus grands lacs de retenue d'Europe. Son contournement, par les pistes, nous occupera tout l'après-midi.

Le temps d'une ondée orageuse, nous faisons une pause dans un bistrot accolé à une station-essence. Un paysan arrivé là au volant d'un antique pick-up pour y faire le plein entame un duo chanté avec un gamin. Moment magique.

En fin de journée, nous choisissons d'établir notre campement sur les rives du lac, tout près et en contre-bas du village de Monsaraz. Les tentes sont montées rapidement. Je me jette à l'eau un peu à l'écart pour un bain bien mérité. C'est alors qu'en mon absence un chasseur qui se prétend propriétaire des lieux intime Thibaut et Olivier de déguerpir. Grrr !

La nuit est presque déjà tombée. Nous planterons à nouveau nos tentes, à quelques kilomètres de là, toujours en bordure du lac. Espérons cette fois que nous ne serons pas dérangés !


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ÉTAPE 9
Monsaraz (Portugal) - Benquerenças (Portugal)

Ce n'est qu'au réveil ce matin que nous découvrons l'environnement immédiat du campement car hier soir nous avions monté à la hâte nos tentes, de nuit, à la lampe frontale et sous un ciel couvert et menaçant. Pas mal...

Il est 7h30. Nous quittons les rives du Lac Alqueva pour aller découvrir le petit village de Monsaraz tout proche, aux venelles de maisons blanches et au fortin déjà baignés de soleil. Nous avions reporté cette visite prévue initialement hier en fin de journée en raison de l'orage qui s'était abattu sur nous. Quel calme ! De là-haut, les points de vues à l'est sur le lac jusqu'à la frontière espagnole et à l'ouest sur la région de l'Alentejo sont superbes. Nous resterons là presque une heure.

À quelques kilomètres au nord-ouest de Monsaraz se trouve l'étonnant menhir de Outeiro. C'est par une piste détrempée que nous y parvenons. Ça réveille ! C'est par cette même piste et par beaucoup d'autres que nous prenons ensuite la direction d'un chapelet de villages perchés disséminés dans toute la province d'Evora.

Nous faisons une halte au surprenant château d'Evoramonte, édifié à partir du XIIe siècle. Flanqué de quatre tours aux multiples salles et d'une grande pièce centrale à chacun de ses trois étages, il singe vaguement l'architecture du château de Chambord... Enfin c'est ce qui est écrit... Et tel un "paquet cadeau", il est comme ficelé de cordes manuélines avec, sous chaque fenêtre, un nœud. Curieux ! De la terrasse-toiture, le panorama sur l'Alentejo est grandiose.

Plus tard en journée nous quitterons la province d'Evora pour sillonner celle de Portalegre. Nous serons séduit par la Serra Sao Mamede près de Portalegre, la petite ville qui lui a donné son nom. Nous flirtons ici avec la frontière espagnole. Les pluies d'hier ont gorgé les ruisseaux et les pistes d'eau. Le pilotage y est parfois technique...

En fin de journée nous pénétrons dans la province de Castelo Branco que nous avions déjà partiellement explorée la semaine passée.

Une dernière piste nous mène au bivouac de ce soir. Sans nous concerter, chacun de nous choisit le couvert d'un olivier pour y planter sa tente. Marrant.

La soirée s'annonce bien...


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ÉTAPE 10
Benquerenças (Portugal) - Monsagro (Espagne)

Nous quittons presque à regret notre campement. Nous serions bien restés là quelques jours tant l'endroit était plaisant. Mais nous devons poursuivre...

Quelques dizaines de mètres ont été parcourus que déjà nous devons franchir un premier gué. Et tout comme une longue piste nous avait menés jusqu'ici, un autre beau chemin, plus pentu nous permet de rejoindre le goudron.

Jusqu'au barrage de Santa Águeda, nous allons sillonner une multitude de belles pistes. Le relief est modéré, mais à partir de là, ça va se compliquer. Nous pénétrons à nouveau dans les contreforts du massif de l'Estrela. Près de São Vicente da Beira, nous nous engageons sur une piste de crête. Et comme elle ne comporte aucune intersection avant son débouché sur la route, je laisse Olivier et Thibaut ouvrir la marche.

Soudain, mes deux compagnons de voyage stoppent net !? Devant eux... une descente leur parait vraiment très raide. Effectivement, elle l'est. Mais c'est surtout la grimpette, en face qui les inquiète. Il faut dire qu'il y a de quoi...

J'analyse la situation. Je devine tout en-bas une piste secondaire qui semble contourner la montagne. Je décide d'aller y jeter un coup d’œil, tout en me disant que si elle ne mène à rien, il me sera toujours possible de rebrousser chemin.

Arrivé au fond du trou, je remarque ce petit panonceau où il est écrit : "radicale" !!! La grimpette l'est, assurément.

Par chance, la piste latérale que j'avais repérée va nous permettre de nous affranchir de la difficulté. Depuis le sommet de la colline que je viens de contourner, en faisant de grands gestes j'indique comme convenu à Thibaut et à Olivier qu'ils peuvent me rejoindre par le même chemin. Je pense qu'ils ne sont pas prêts d'oublier le moment où ils se sont élancés dans cette descente...

En toute fin de matinée nous faisons une halte au Mont Torre, point culminant du Portugal. L'horizon y est dégagé. Mais très vite une nappe de brouillard vient lécher les roches. Quelques photos sont prises et, sans plus attendre car il fait tout de même frisquet à cette altitude et que nous avons faim nous descendons déjeuner dans la vallée, à Manteigas.

Le ventre plein nous reprenons la route, vers l'est et la frontière espagnole.

En fin de journée nous pénétrons dans le Parque Natural Las Batuecas-Sierra de Francia. Le ciel s'assombrit tout à coup. De gros nuages d'orage se forment...

Un peu dans la précipitation, nous arrivons enfin à l'endroit que j'avais visé pour y établir le campement pour la nuit. L'espace est exigu, l'herbe rare et les cailloux nombreux près de ce vieux pont... Plus le temps de chercher, il faut planter la tente pour se mettre à l'abri !

L'orage, violent, nous confinera chacun dans notre frêle refuge durant plus d'une heure. Les pluies cesseront vers 21h30. Il sera alors temps de dîner. Une bonne soupe chaude sera la bienvenue...


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ÉTAPE 11
Monsagro (Espagne) - Revenga (Espagne)

Nos toiles de tentes seront pliées bien trempées ce matin. Il a plu une bonne partie de la nuit et une brume épaisse s'est invitée dans le Parque Natural Las Batuecas-Sierra de Francia.

Depuis le col tout proche du Santuario de Nuestra Señora de la Peña de Francia, à 1500 mètres d'altitude, la vue sur la vallée embrumée est superbe.

Le nom de la Peña de Francia renvoie sans doute à des immigrants venus de France aux XIe et XIIe siècles. En 1434, on découvre une sculpture de la Vierge. Aussitôt, une chapelle est construite pour la protéger. La Vierge de la Peña de Francia devient rapidement célèbre et sera très vénérée. Quelques années plus tard, le sanctuaire passe aux mains des moines dominicains qui bâtissent l'église, le couvent et l'hôtellerie au XVe siècle.

Après cette petite parenthèse culturelle, allons découvrir la Sierra de Gredos, à l'ouest de Madrid...

À Navacepeda de Tormes, nous hésitons à nous élancer sur une piste. Une "forêt" de panneaux a été plantée à l'entrée. Nous nous aidons d'une application de traduction installée sur le smartphone de Thibaut pour tenter d'en comprendre le(s) sens.

La piste ne semble pas fermée à la circulation. Il est juste précisé entre autres choses quasiment illisibles que des animaux peuvent s'y trouver en liberté, que la vitesse y est réduite et qu'il s'agit d'un espace naturel qui doit être respecté. Go !

Au départ peu large, roulante et caillouteuse, la piste bientôt s'évase, devient herbeuse et se transforme en une tourbière spongieuse. Un ruisseau tente de se frayer un chemin entre des dalles rocheuses glissantes couvertes de mousse.

Concentrés sur notre pilotage, nous ne voyons que tardivement cet homme posté là à contre-jour et en travers de notre chemin. Il est tout de vert-kaki vêtu, des écussons sur la poitrine, une paire de jumelles à la main droite, carnet de notes et stylo à la main gauche... Ça ne sent pas bon tout ça...

Nos stoppons nos machines et coupons les moteurs, retirons nos casques, nos gants et nous dirigeons vers lui. À notre grande surprise, il sourit ! Bonne ou mauvaise nouvelle... ?

Bonne nouvelle ! Le garde forestier, curieux d'en savoir un peu plus sur notre périple s'intéresse également de près à nos lourdes montures. Il nous indique que la circulation est autorisée ici (Ouf !) et voyant que nous nous interrogeons sur la trajectoire à suivre pour quitter ce bourbier, il nous invite carrément à remonter le ruisseau avec nos motos !

Je m'élance le premier, sans pour autant emprunter le lit du ruisseau et je parviens à atteindre une prairie, plus en hauteur. Olivier, Thibaut et le garde forestier m'observent.

Non sans mal, Thibaut et Olivier passeront l'obstacle. Le garde, lui s'est éclipsé. Sans doute ne voulait-il pas se sentir obligé de les aider à pousser-tirer leurs machines...

Vers midi nous déjeunons à Hoyos del Espino.

Peu après le hameau de Cepeda la Mora, nous nous engageons sur une piste de coteau très poussiéreuse. La chaleur est suffocante. Bientôt, nous nous trouvons "nez à truffes" avec quatre gigantesques molosses qui montrent les crocs ! Ce sont les chiens - typiques de la péninsule ibérique - d'un berger qui mène ses moutons dans la montagne. Le troupeau est énorme. Nous perdrons beaucoup de temps à suivre la lente procession des bestiaux...

À Ávila, nous retrouvons le goudron pour ne plus le quitter jusqu'à Revenga, notre étape de ce soir. Tout au bord d'un ruisseau, nous établissons un nouveau bivouac avec "eau courante".


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ÉTAPE 12
Revenga (Espagne) - Tudela (Espagne)

Plus que d'habitude, nous faisons chauffer les moteurs de nos motos ce matin car dans les tout premiers mètres du sentier de chèvres qui nous a menés jusqu'ici, plusieurs épingles très serrées, pleines de cailloux roulants et en forte pente ascendante vont devoir être franchies. Hier soir déjà, ces difficultés à venir occupaient bien les esprits et les discussions...

Olivier et Thibaut se joueront des petites marches et des saignées qui se présenteront sous leurs roues. Bravo !

L'étape d'aujourd'hui de plus de 400 kilomètres étant la plus longue de notre périple, nous avons prévu de débuter la journée par une liaison routière, jusqu'à atteindre sans perdre de temps El Burgo de Osma.

À Aldehuela de Calatañazor nous nous engageons sur une piste sans vraiment de dénivelé mais très sinueuse, assez roulante et offrant de bons appuis en courbes pour mettre du "gros gaz". Un excellent moment de roulage ! Il fallait bien ça pour nous réchauffer, après ces longues lignes droites bitumées et monotones...

Au-delà de Soria le relief s'intensifie, tout comme deviennent plus nombreuses les occasions de quitter le goudron. Un régal.

Nous allons traverser intégralement la Sierra de Alcalama y Valle de Alhama par une piste forestière extraordinaire, puis plus au nord-est par des chemins de chèvres zébrant la sierra tout aussi superbes. Les paysages sont d'une grande diversité. Nous venons de quitter la province de Castille-et-León et sommes à présent dans celle de La Rioja.

Avant cela, nous ferons une pause déjeuner à Fuentestrún, dans une auberge perdue dans un hameau ne comptant que 17 habitants et tenue par des français heureux de pouvoir converser avec nous dans leur langue natale. Ils nous raconteront combien la vie est rude ici...

À Castejón, dans la province de Navarre, nous subissons de violentes rafales de vent. Elles sont fréquentes ici. Elles annoncent notre arrivée aux portes du "fameux" désert aride des Bardenas Reales. Nous avons prévus d'en sillonner toutes les pistes. Je connais l'endroit, mais pas Thibaut et Olivier. Je me dis qu'ils seront sans doute un peu déçus de voir autant de touristes parcourir à moto ou en voiture cet espace naturel, par les quelque pistes autorisées à la circulation. Même des autocars viennent y soulever la poussière ! Ils m'avoueront effectivement avoir pris infiniment plus de plaisir à rouler sur les pistes oubliées foulées ne serait-ce que dans la Sierra de Alcalama y Valle de Alhama plus tôt en journée.

Quelques photos sont prises devant les "monuments" les plus emblématiques du désert et assez vite nous nous mettons en quête d'un endroit pour camper.

C'est ce soir notre dernier bivouac et il faut bien fêter ça ! Le temps de monter les tentes sur un tapis d'herbe moelleux, de nous dépoussiérer et de nous changer, de sortir la popote et les cacahuètes, une bonne bouteille de whisky est accrochée à un bout de ficelle et mise à tremper dans l'eau glaciale d'un canal d'irrigation.

Le soleil se couche à l'horizon, les blés ondulent au vent... La soirée s'annonce bien !


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ÉTAPE 13
Tudela (Espagne) - Montory (France)

7h30. Avant l'arrivée journalière de hordes de touristes dans le périmètre restreint du désert des Bardenas Reales, nous nous "échappons" vers les Pyrénées. Vous l'aurez compris, l'intérêt que je porte au site est limité. Mais c'est à voir au moins une fois dans sa vie de motard. Sachez qu'en 2 heures tout au plus vous en aurez fait le tour...

Peu après Ejea de los Caballeros nous quittons la route au profit de la première piste de la journée. Elle franchit à plusieurs reprises des canaux d'irrigation faisant circuler l'eau dont les céréales des champs voisins qui blondissent s'abreuvent goulûment. Autant dire que le relief est inexistant. Mais ça ne va pas durer...

Passée la petite ville de Luna, nous nous élançons par les chemins à l'ascension des Pyrénées. Sur plus de 25 kilomètres nous n'allons pas cesser de tournicoter. Quel pied !

Au débouché d'une fabuleuse piste, nous retrouvons le ruban de goudron. Il est à noter que les petites routes de montagne espagnoles sont dans un bien meilleur état que celles de l'hexagone...

Nous ne quitterons presque plus l'asphalte maintenant. Seulement à quelques reprises, juste le temps de nous mettre en position debout pour détendre nos carcasses.

À Biniés nous prenons la minuscule route A1602 qui passe par Ansó. Elle serpente tantôt au fond, tantôt en surplomb de magnifiques canyons. Elle débouchera plus loin sur la grande route qui mène au col encore bien enneigé de la Pierre Saint-Martin.

Puis ce sera la longue descente vers Montory et la fin du RAID IBÉRIK 2018.

Merci à Thibaut et à Olivier de m'avoir fait confiance pour l'organisation et le guidage de ce circuit. Nous en garderons tous, je crois, d'excellents souvenirs.

Un bien beau voyage.

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